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samedi 13 novembre 2010

La princesse de Montpensier, manga de cape et d'épée

Ah, que de passions et de sentiments dans le dernier film de Bertrand Tavernier...



On y retrouve tous les ingrédients du manga "shojo" (= romantique, dont l'histoire est centrée sur les sentiments des personnages) : une belle héroïne naïve mais qui lutte pour s'affirmer. Une femme qui suscite les passions dans un univers totalement macho, le triangle amoureux du mari, de l'épouse et de l'amant (sans compter les prétendants secondaires). Des baisers enflammés et des choix déchirants.

Que dire ? Sur fond de galopades, de robes brodées et de musique exaltante, La Princesse de Montpensier est définitivement un film... pour filles !

lundi 8 novembre 2010

Le cinéma aime les top-models. Ou l'inverse ?

2010, le mannequinat "crée le buzz".
Pour promouvoir la lutte contre l'excision, Liya Kebede expose son histoire dans le film "Fleur du Désert", sorti en mars 2010. Pour elle, le mannequinat a été une chance, qui lui a permis de sortir de la misère. Le tout est traité sur le mode beauté, pathos et émotion.



Ce mois-ci, on voit débarquer "Picture Me", produit par Ole Schell, qui raconte le parcours du mannequin américain Sara Ziff. Sur le mode du reportage, entrecoupé par des animations à la Juno, on prend plaisir à admirer les shows, le glam, et les témoignages des modèles.



Le résultat est frais, mais on reste sur sa fin... Même si les filles acceptent de montrer à la caméra leurs boutons et leurs visages défaits, la vie semble bien facile pour la belle Sara, qui au fond ne se livre pas tant que ça. Que dire du passage où elle reproche aux reporters de la regarder se changer, alors qu'elle est nue dans sa baignoire sur grand écran ???

Une piste intéressante aurait été de savoir comment Sara Ziff s'implique maintenant pour défendre les droits des mannequins. Histoire de dépasser les classiques dénonciations du milieu.

mercredi 25 août 2010

Inception : de l'effet ou de l'esprit de synthèse ?

Comme l'indique la signification du titre : "Origine", tout se joue dans les dernières 5 mn, quand on atteint les émotions les plus primaires, au fin fond du subconscient. Car bien-sûr vous vous êtes endormi en cours de route. (durée du film = 2h28)
Coup sur coup, on apprend qu'une idée tue, que le remords vous rappelle toujours à la réalité plus sûrement qu'une toupie, que les gens sont quand-mêmes vachement plus intéressants en vrai avec leur part de mystère que tout fabriqués dans nos rêves. Avec un petit suspens quand ils (et nous) essaient(yons) de se (nous) réveiller.

Dans Matrix, il y avait une certaine cohérence dans l'architecture du monde, là on passe d'une sĥère à l'autre à la convenance du réalisateur : quelle différence entre les limbes et les rêves ? Dans Shutter Island il y avait une performance d'acteur avec une réelle ambiguïté concernant la santé mentale de Di Caprio. Là notre brave blondinet disparaît totalement derrière les effets à outrance de son univers. Le film s'attarde sur des moments sans importance : le saucissonage dans l'ascenseur supposé ne durer que quelques mn, et néglige de développer certaines trouvailles : comment l'architecte influence-t-elle la forme prise par les rêves ? Et que dire de la violence des morts à répétition, pendant toute la durée du film ?

L'architecture des rêves est grandiose. On ne peut s'empêcher de comparer Nolan et Cobb : le cinéaste est lui aussi architecte, explorateur, enquêteur, avec son style, ses obsessions et ses erreurs. Le cinéaste chercherait-il alors à nous implanter son idée dans la tête ? Le réalisateur se trouve-t-il comme dans le rêve, dans une sphère de "création pure" ? Mais bien que l'histoire se développe selon les règles de la réthorique : en trois parties, un brin d'esprit de synthèse aurait été le bienvenu.
Qu'en pensez-vous ?

mardi 1 juin 2010

Le mariage. L'homme. La femme.

Entre le décolleté plongeant de Juliette, ses yeux qui brillent et ses trémolos dans la voix, et l'inévitable scène du rouge à lèvres, face à l'homme froid et droit. Entre la bistrote italienne résignée et tradi avec sa sagesse de comptoir, la mariée qui sourit et celle qui pleure, et la vieille pathétique qui se traîne en tremblotant avec son croûlant de mari à travers la place de l'église. Ou encore la touriste dans la lune que son mari remontrance tendrement parce qu'il sait ce dont elle a besoin au fond d'elle-même, mieux qu'elle-même...

Abbas nous prendrait-il pour le sexe faible ?

De toute façon, dans son film, l'homme ne vaut pas mieux. Incapable de faire face à ses responsabilités, incapable de s'arrêter, lui aussi égoïste et peu enclin à pardonner. Et le mariage n'est donc au final qu'un conformisme social, permettant aux jeunes de vivre leurs illusions et aux vieux de ne pas toujours crever seuls comme des chiens.

Bonjour la déprime.

mercredi 19 mai 2010

Shéhérazade, Ève, Hebba...

   
   Ah l'amour ! L'amour qui nous fait vivre et nous rend fous... Yousri Nasrallah, avec une grâce toute orientale, déroule son ode à la sensualité et aux tourments de la femme, dans "Femmes du Caire", titre extrêmement mal choisi pour traduire le titre arabe, qui signifie "Shéhérazade, conte moi ton histoire".

   À la fois manifeste politique et social, mise en scène du monde des médias, et série de portraits vifs et émouvants, ce film vaut la peine d'être vu. On y trouve un mélange de modernité et d'effets "passés", un peu comme une photo des années 1970 dans un appart' design. Autant dans les différences entre les personnages présentés, que dans la réalisation : on passe d'un générique métaphorique très "nouvelle cuisine", aux images de la télé égyptienne avec tous les parasites et les défauts d'image qu'on peut imaginer. L'atmosphère est très travaillée, avec un emboîtement des histoires, mais aussi des prises de vues : on observe les personnages à travers une grille, par le regard d'une caméra de surveillance, dans le reflet d'une vitre. Autant de méandres qui nous font plonger dans la fiction, puis nous renvoient à nous même.

   Doit-on pour autant assimiler ce film à du mélo ? Je n'en suis pas sûre. Quelques scènes très trash nous rappellent la réalité du sujet. Et les personnages sont trop dignes pour tomber dans le pathos.

mercredi 10 mars 2010

Invictus / Disgrace - 3rd round

Le dernier critère : la pertinence

C'est-à-dire en quoi la façon de traiter le sujet (les relations conflictuelles entre les blancs et les noirs) est appropriée par rapport à l'objectif du film et à la réalité du sujet.

Question vérité et finesse d'analyse, Disgrace est sans conteste au-dessus de son rival. Mais les deux films ne recherchent pas la même légitimité.

Disgrace est une analyse psychologique d'un nombre de personnages restreints, le film ne cherche pas à plaire. Au contraire, il renvoie le spectateur à lui-même, il le dérange et l'amène à se poser des questions.

Invictus est une épopée nationale, l'histoire d'un héros de la paix devenu une icône internationale. Le film s'inscrit dans la tradition hollywoodienne des grandes émotions et des bons sentiments à l'américaine. (d'ailleurs aucun des acteurs n'a l'accent d'Afrique du Sud, comme c'était déjà la cas dans Blood Diamonds...) La vraisemblance compte moins que le plaisir du spectateur et les grands traits dont il se souviendra en sortant.

On peut alors se demander s'il est acceptable de caricaturer la réalité, dans un but cinématographique. En tant qu'art, à mon avis, le cinéma ne doit pas chercher à reproduire la réalité. Il doit prendre parti. Invictus n'est donc pas moins "pertinent" que Disgrace. Il est seulement moins efficace.

Vainqueur du 3è round : égalité
Vainqueur final : Disgrace !

lundi 1 mars 2010

Invictus / Disgrace - 2nd round

Chers auditrices, chers auditeurs,

Me voici de retour pour arbitrer le 2è round entre les films de Clint Eastwood et Steve Jacobs. Le critère d'évaluation sera aujourd'hui la qualité du contenu. (Ceci est une critique d'amatrice, en aucun cas un avis d'expert)

1. Le scénario : Invictus 0 / Disgrace 1
Invictus : on sait d'avance ce qui va se produire, que ce soit la fin ou l'évolution des personnages. Le match final occupe une place démesurée par rapport au reste de l'histoire, alors que c'est la partie émergée de l'iceberg. Les scènes de foule doivent bien durer 10 mn à elles seules. Le point clé : la rencontre entre Mandela et François Pienaar est bien peu valorisé. La scène est vite expédiée et on ne voit pas bien son impact sur les personnages. L'histoire manque de surprise notamment car le fil est continu. On n'échappe à aucun cliché : le match avec les enfants qui sourient, les discours moralisateurs du président, les gardes du corps blanc et noir qui finissent par reconnaître leur valeur mutuelle et par se taper dans le dos, ...
Disgrace : Même si on connaît la teneur de l'histoire, plein d'à-côtés sont à découvrir. Chaque événement est riche d'ambiguïtés. La relation entre les personnages est mis en perspective avec le contexte du pays, ce qui donne de la profondeur.

2. Les dialogues : Invictus 0 / Disgrace 1
Invictus : dialogues plats voire absence de dialogues, juste des phrases pour que le spectateur comprenne l'histoire, vu que les images ne suffisent pas. 0 possibilités d'interprétation.
Disgrace : satisfaisants. des silences éloquents. Des références à la littérature anglaise bien utilisées (Byron)

3. Les acteurs : Invictus 1 / Disgrace 1
Invictus : la finesse de Morgan Freeman contraste avec la lourdeur du film. On dirait Jésus. Une belle prise de muscles du côté de Matt.
Disgrace : Chaque personnage a sa personnalité et son ambyvalence. Aucun n'est totalement attachant, aucun n'est totalement détestable. Et je trouve le personnage de Jessica Haines très émouvant. On sait qu'elle est lesbienne, mais on ne nous impose aucun des clichés habituels. Au contraire ce choix (discret) est comme une accusation latente à son père dans le film.

4. La réalisation : Invictus 0 / Disgrace 1
Invictus : quelques scènes d'archives bienvenues, quelques rythmes africains sympas. Mais tellement de lourdeur dans les effets, que je me suis vraiment demandé si ce n'était pas du second degré ! Mon passage préféré : le ralenti sur la main aux fesses, dans la mêlée. Tellement sexy...  Et puis une vision de la virilité un peu trop militaire pour moi : des durs qui dirigent les autres par l'exemple, et qui savent se battre au-delà de l'humainement possible, pour leurs idéaux. Pas des lopettes quoi...
Disgrace : de beaux cadrages, des travellings  qui créent du suspens. La caméra joue avec le contexte (magnifique) et ne reste pas sans arrêt focalisée sur l'action. On a droit à des pauses ! les enchaînements sont travaillés. Au début en particulier, les tremblements de la caméra transmettent le trouble du personnage. On ressort mal à l'aise, et c'est bien.

Score final : Invictus 1 / Disgrace 4
Le gagnant est donc... Disgrace !
Les remarques de ceux qui ont vu ces films sont les bienvenues. Le débat est ouvert !

Attention, un 3è et dernier round est encore à venir

lundi 22 février 2010

Invictus / Disgrace - 1st round

    A quelques mois d'intervalles, 2 films sont sortis, concernant l'Afrique du Sud post-apartheid (= post 1990). A première vue, les affiches ne promettent rien de très surprenant : un blanc, un noir, des gens qui ne se regardent pas, le noir dans une position proéminente.


Si on observe les images d'un peu plus près, on constate que :
  • du côté de Invictus, les gens sourient et ont l'air heureux. Alors que du côté de Disgrace, ça ne rigole pas. C'est à peu près l'état dans lequel cherche à vous mettre chaque film ?
  • Autre remarque, les deux titres sont à l'opposé l'un de l'autre : en latin, "invictus" signifie invaincu, voire invincible. Disgrace au contraire évoque la défaite et le chute, la fin de "l'état de grâce". On commence à entrer dans le vif du sujet.
  • Enfin au 3ème plan, on trouve des drapeaux, avec un foule en délire, versus... une femme devant une ferme. À gauche les personnages se tournent le dos mais regardent dans la même direction. à droite les regards de chacun sont lourds d'arrières-pensées, aucun ne regarde la même personne, et le spectateur est directement pris à partie par le regard du noir. Ça y est on a compris, d'un côté c'est de la propagande en faveur d'un idéal national humaniste et fédérateur, de l'autre un film qui traite des relations humaines, ancré dans la réalité (la nôtre).
    Cet aspect est renforcé par la source d'inspiration de chacune des oeuvres : pour Invictus il s'agit d'un poème de William Ernest Henley, poème paraît-il préféré de Nelson Mandela, dont le "maître vers" est : I am the captain of my soul. Pour Disgrace, il s'agit du best-seller de Coetzee, dont la clé serait un vers du poète Yeats : That is no country for old men. Là où Clint s'est accordé une épopée bien pensante à l'américaine, incarnée par des (super)héros (inter)nationaux, Steve parle de du changement et de la violence, par le biais du vécu des personnages.

    Malgré la banalité des codes (l'obésité des ficelles ?) utilisés pour l'affiche d'Invictus, un mauvais point pour celle de Disgrace ne permet pas de la nommer gagnante de ce 1er round : que dire du kitsch du coucher de soleil, de la fadeur du sous-titre "peut-on échapper à ses démons ?", ou de la platitude du jeu de regards ?

On regrette que la version anglosaxonne n'aie pas été retenue :
























Résultat du 1er round : égalité.
La suite quand j'aurai vu Invictus...

mardi 24 novembre 2009

"If you sing the songs of the other side, you cannot bomb them"

Ce film est un reportage sur une belle initiative, artisitque, originale, optimiste, et non médiatisée. Faites passer le message !

jeudi 5 novembre 2009

La pudeur attise les passions

De retour de la Pagode où je viens de voir le Rubanc Blanc, je m'agenouille devant le grand maître Haneke.
Son dernier film, qui a accessoirement reçu les palmes d'or à Cannes, ne fait pas sentir une seconde ses 2h30. L'histoire se passe dans l'Allemagne prussienne d'Avant-guerre, dans un village dont on ne connaît pas le nom. L'intrigue et le choix du noir et blanc ont un petit côté Hitchcock. Mais surtout l'ensemble est traité avec une pudeur incroyable. Pudeur qui correspond parfaitement au casse-tête d'interdits et de règles morales, sociales et religieuses de l'époque. Et c'est cette pudeur qui avive tous les sentiments, que ce soit celle des personnages ou celle des spectateurs. 2h30 d'émotions pures !
Parmi les scènes qui persistent sur ma rétine, le dos du vieux paysan qui pleure sa femme je crois me restera très longtemps. ou alors le cadrage complètement déséquilibré, avec les gens en tout petit en bas de l'écran, et un grand pan de mur vide au-dessus d'eux, au milieu de la neige. Comme quoi, nous sommes de bien petites choses, mon cher Watson...

Le Ruban blanc (extrait)