"Tout le long du chemin communal, qui descendait à l’étang, il y avait des bidons stockés par les allemands. C’est parti vite, en 1944. Au moment de la bataille de Normandie. Mon père avait peur : une bombe américaine est tombée sur la faïencerie et dans les bois de l’autre côté de l’étang des P. Ça a fait un trou hein ! Si c’était tombé sur nous, on aurait tous brûlés !"
"Ce jour là mon beau-frère, A., travaillait chez monsieur H. à la Petite Cour des Bois. Les jeunes étaient partis la mitraillette sur le dos. La Gestapo est arrivée sur la petite route, eux marchaient. Ils ont essayé de se sauver dans le champ. La Gestapo les a rattrapés, ils ont mitraillés. Quand ils sont partis, mon beau-frère est allé les voir. Un parlait encore : "Qu'est-ce que je peux souffrir, qu'est-ce que je peux souffrir, il faut m'éteindre !" C'était incroyable, ils avaient mitraillé partout, dans les yeux... L'autre était décédé. Ils croyaient... à 16-17 ans on se rend pas compte parfois."
Depuis une semaine déjà, notre bien-aimé ministre de l'immigration Eric Besson a ouvert un grand "débat" sur la question : "Qu'est-ce qu'être français ?"
C'est une question intéressante, que je me suis particulièrement posée durant mon année au Canada. C'est vrai qu'on peut se la poser dans le contexte actuel d'immigration, d'intégration à l'Europe, de rapport avec la religion.
La seule chose gênante, c'est qu'au final seuls les bons côtés sont affichés, et en plus des idées très "conceptuelles", détachées de la réalité quotidienne.
Il n'y a pas non plus vraiment de dialogue, simplement un espace d'expression et de documentation : le site, les interviews, la mediathèque. Il faut sans-doute penser que la question vise à soulever le débat, plutôt qu'à le mener. Et encore, je ne suis pas tout à fait convaincue de l'objectivité des sources !
Alors au final... le terme approprié ne serait-il pas plutôt "Grand Moment de Démagogie et d'Autocongratulation Collective" ?
Je ne crois pas qu'on puisse parler ici de "Réhabilitation", même si l'idée de revaloriser la nationalité, quasiment toujours assimilée au nationalisme, pourrait-être une démarche intelligente. A mon avis, le problème vient du fait que le débat est trop général : parle-t-on de nationalité, d'identité, de culture nationale, du sentiment d'être français, des conditions pour être français, des bénéfices de la nationalité française, d'un ou de plusieurs composants de ce qui distingue les français des ressortissants d'autres pays ?
Pour moi, une "Réhabilitation" de l'"identité nationale" ne peut pas se faire sans un retour sur ses fondements. Car la nation est une construction de l'histoire.