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samedi 5 juin 2010

"À la façon" du haijin

Suite à mon billet précédent, voici quelques exemples de haikus.

Vieille mare –
une grenouille plonge
bruit de l'eau

Matsuo Bashô


La cueillir quel dommage !
La laisser quel dommage !
Ah ! cette violette

Naojo


Comme si rien n'avait eu lieu
la corneille
et le saule

Kobayashi Issa
 
 
Il faut qu'il y ait
dans le poème
un nombre
tel
qu'il empêche
de compter

Paul Claudel, Introduction de Cent phrases pour un éventail


ps : un haijin est un auteur de haikus...

Les sirènes de la circonvolution

Pourquoi Prévert est-il un grand poète ?
Parce qu'il a l'art de trouver les mots justes. Dans nos vies submergées d'informations, s'en tenir à quelques mots est une vraie gageure. Il y parvient avec simplicité. Ses poèmes ressemblent un peu aux haikus japonais : des aphorismes de 3 vers qui évoquent un instant ou une émotion, sans une syllabe de trop. Les phrases élaguées font ressortir l'essentiel. Et donnent tout leur poids aux mots.

Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder

Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.